Café énergétique le 4 décembre : rationner l’énergie, les TEQs

Flyer TEQs v.2

Tous les pays dits développés ont des objectifs de réduction de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, aucun n’a entamé le virage énergétique nécessaire à les atteindre. En effet, toutes les politiques visant à des réductions ont mis en évidence une insuffisance de volonté face à l’ampleur des enjeux. Les effets de l’impératif de croissance économique, ou encore l’effet de rebond, ont fortement relativisé la pertinence des politiques d’incitation à plus d’efficacité énergétique sans autre mesure donnant des limites.

Et si la solution résidait dans un système d’allocation d’énergie garantissant l’atteinte des objectifs? Ou, autrement dit, de rationnement en fonction des objectifs de réduction? Le rationnement est un mot qui fait peur car il renvoie aux périodes guerre, mais le rationnement n’est-il pas une évidence en situation de pénurie, ou de raréfaction de certaines ressources?

Un système de « Quota d’énergie négociable » (TEQs en anglais pour Tradable Energy Quotas, parfois aussi traduit par allocation d’énergie monnayable) allant dans ce sens a été développé il y a plus de 15 ans en Grande-Bretagne et sans cesse affiné depuis. Non seulement il garantit l’atteinte des objectifs, mais il répartit également l’effort de descente énergétique de manière équitable. Pour parvenir à ces deux buts, une quantité globale limitée de points (ou bons) qui permettent d’acheter de l’énergie (indépendamment de son prix) est distribuée à chaque habitant. Cette quantité diminue d’année en année en suivant les objectifs. Les personnes qui utilisent moins que ce qu’elle reçoivent peuvent vendre leurs surplus à ceux qui en aurait besoins, mais toujours dans la limite globale fixée par le nombre total de points émis et distribués. La différence avec les systèmes actuels de quotas tels que le protocole de Kyoto se situe dans le fait que cette limite ne permet pas de créer des points par divers mécanismes ou de « compenser » hors du pays, et que tous les consommateurs d’énergie sont concernés.

Ce système d’allocation d’énergie est en outre testé actuellement sur une île proche de l’Australie qui compte plus de 2’000 habitants. D’autres expériences à plus petite échelle donnent des résultats très satisfaisant en Grande-Bretagne, sur une base volontaire, ou encore en France dans le cadre d’études de consommation.

De plus en plus de voix, dont l’ensemble de milieux écologiste britannique jusqu’au niveau parlementaire, et progressivement ailleurs comme en France, par exemple, s’élèvent pour que le système des TEQs soit mis en place au plus vite. Ce système peut mener au premier modèle dans lequel la consommation diminuerait chaque année, nous obligeant à en envisager concrètement les multiples implications…

En Suisse, dans le contexte de la nouvelle stratégie énergétique actuellement développée et débattue, ne serait-il pas temps d’envisager sérieusement cette option ? Et pourquoi pas comme première étape à Genève pour l’électricité, afin de continuer sur la lancée d’un canton novateur au niveau énergétique et qui souhaite une réponse à la hauteur de enjeux ?