Café Climat: Smart-metering

flyer café climat smart meter 5

Le Thème

Les « smart meters » sont en réalité des compteurs d’électricité communicants capables d’opérations supplémentaires à celle de comptabiliser le niveau de consommation. Leur installation sera obligatoire dans les ménages suisses d’ici à 2028 (OapEl, art. 8a).

Un tel compteur informe en continu le fournisseur d’électricité sur la consommation d’énergie du client. Ainsi, le fournisseur connaît les habitudes de consommation, ce qui lui aide à assurer la gestion et la planification du réseau électrique. Moyennant l’accord du client, il sera possible au fournisseur d’interrompre momentanément des appareils à forte consommation d’énergie, pour décharger le réseau lors de soudaines pointes de consommation ou lors de baisses de production d’origine renouvelable. Cet appareil peut également enseigner le client, ce qui peut l’aider à comprendre puis à diminuer sa consommation d’électricité. Une économie de consommation de 5 à 15 % est théoriquement possible, selon les compteurs installés.

Cependant, l’utilité des compteurs communicants, pour les ménages et pour le tournant énergétique, est contestée. Certains dénoncent l’inutilité de ces compteurs pour la réduction des consommations, d’autres dénoncent des compteurs servant uniquement à réduire les coûts de relever les compteurs pour les fournisseurs, d’autres enfin dénoncent la création d’un besoin servant les seuls fabricants de compteurs et plombant les comptes de la collectivité : fournisseurs et clients. En France, des communes appellent même au boycott voir au sabotage des compteurs communicants.

Le premier intervenant nous offrira une analyse inhabituelle de la polémique autour de ces compteurs. Ensuite nous découvrirons la diversité étonnante des comportements et perceptions des ménages et nous discuterons ensemble, de quelle manière il serait souhaitable d’inclure les compteurs communicants dans une démarche plus réfléchie d’économie d’énergie.

En savoir plus :

Base légale (OApEl art. 8a):       https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20071266/index.html

Acceptation des compteurs communicants : scorai.org/wp-content/uploads/HessSmartMeters05.10.13SCORAI.pdf

Acceptation en Suisse Romande : https://archive-ouverte.unige.ch/unige:46607

 

Olivier Voirol

Dr Olivier Voirol est Maître d’enseignement et de recherche à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne. Il mène ses recherches sur la question de l’espace public, de la culture et des médias, en s’intéressant notamment aux formes de problématisation des changements liés au numérique, en examinant les controverses, les justifications, les critiques et les résistances à ces derniers. Ayant mené ses recherches sur les mutations des relations affectives liées aux technologies numériques et la montée en force du « capitalisme digital », mais aussi sur les transformations de la culture, il a été amené plus récemment à s’intéresser à la transition énergétique et aux questions écologiques, examinées à l’aune d’une théorie critique de l’espace public, sous l’angle des questions de justice sociale.

 

Marlyne Sahakian

Dr Marlyne Sahakian est professeur assistante en sociologie à la Faculté des sciences de la société de l’Université de Genève. Elle mène des projets de recherche et enseigne sur la thématique de la consommation dans une perspective de durabilité. Elle coordonne des projets sur les questions alimentaires, énergétiques, et sur les innovations économiques. Sa recherche est axée sur le lien entre gestion des ressources, pratiques sociales et équité, avec comme intérêt principal les consommateurs / citoyens. Elle a publié sur la thématique de la consommation durable en milieu urbain, sur l’efficacité énergétique, les déchets alimentaires et l’économie sociale et solidaire. Elle est membre fondatrice de SCORAI, un réseau de recherche et actions en consommation durable.

Compte rendu

 

Le public d’environ 25 personnes était constitué de sympathisants de Noé21 résidant dans le Grand Genève, de cadres de SIG, d’élus et de chercheurs.

Objectifs de ces compteurs communicants (CC) : suite à la loi votée au Conseil national, 80% des abonnés devront être équipés de CC d’ici 2028. Objectif: connaitre nos courbes de charge de consommation et avoir une vision plus détaillée de nos consommations, dans le but de faire des économies d’énergie (d’où notre questionnement) et être à niveau avec la directive de l’UE. Les CC veulent rendre visible l’énergie consommée par la lecture de courbes. Les CC seraient indispensables pour la gestion des « smart grids » et l’implication de la production en masse par l’énergie photovoltaïque et éolienne.

Olivier Voirol, analyse la querelle autour de ce type de compteurs qui n’est pas explicite, mais des réticences s’expriment, ainsi que des doutes sur l’objectif à atteindre. Ces CC deviennent l’objet d’une controverse car cela peut entrainer des injustices sociales.

Toute innovation mène à des réflexions et engage à se positionner. L’énergie étant invisible et bien gérée étatiquement, elle ne pose pas à priori de problème. L’énergie est un sous-bassement de notre vie courante. Et la mise en place de CC nous pousse à nous poser des questions sur les conséquences de ces CC connectés : intrusion dans les foyers, du point de vue des coûts et de l’utilité.
Ces CC impliquent trois aspects :
1) Economique : la marche prévue vers la libéralisation du marché demande un instrument pour mesurer la consommation, une efficience et une rentabilité. La lecture des compteurs par un agent pourrait être économisée. La fréquence actuelle des relevés de compteurs est insuffisante.
2) Technologique : moderniser, digitaliser, télé-gérer, mettre la Suisse à niveau de développement technologique des autres pays. Il y a une composante de fascination dans ce choix.
3) Ecologique : Mesurer et montrer permet de responsabiliser les consommateurs, à condition qu’ils soient motivés par la réduction de leur consommation.
La superposition de ces 3 registres crée une confusion, un registre servant à expliquer les autres, finalement on ne sait plus si c’est l’économie ou l’écologie qui dictent ces innovations. Comme tout se mélange, la critique s’épuise, car on utilise la technologie pour convaincre les gens des progrès écologiques.
La Transition énergétique n’est pas remise en cause, mais si elle se fait en dépossédant la société civile de son droit de regard, elle ira droit dans le mur.

Marlyne Sahakian, sociologue, conduit des recherches sur des familles et sur leur mode de vie versant consommation énergétique.
Elle a fait une enquête auprès de 45 ménages pour mieux comprendre leurs habitudes de consommation. Ainsi, elle participe à un programme européen Energise (www.energise-project.eu/ ) auprès de ménages qui font des actes de réduction de consommation (sobriété dans le quotidien).
Son constat :
On observe une résistance d’une partie de la population concernant la protection des données.
Les CC renforcent la sur-individualisation des citoyens, comme s’ils étaient responsables à la place du pouvoir politique. A contrario on observe dans une autre partie de la population une foi dans les micro gestes et dans la technologie pour résoudre les problèmes de surconsommation.
Les CC rendent des informations disponibles, mais provoquent aussi des effets rebond. Si le CC indique moins de consommation, cela induit une baisse de la vigilance de la part des consommateurs… Les CC peuvent aussi induire des rapports de force et de culpabilisation dans les familles. Tout cela ne facilite pas une réelle diminution de la consommation.
Mieux vaut modifier en profondeur les habitudes des gens avec compréhension de leurs actes et bénéfices retirés, que d’ajouter une technologie.
Les CC ne feront pas de miracles, ils auront un coût et n’aideront pas forcément à adopter d’éco-gestes.

Des cadres de SIG présents lors de ce débat ont partagé des informations et réflexions très constructives pour faire comprendre comment l’installation de CC, dont le principe a déjà été décidé, pourra être utilisé pour le bien de la transition énergétique.

Les CC seront amortis sur 15 ans, le délai pour les poser est de 8 ans. Une commission va surveiller les dépenses de fourniture de compteurs et les coûts d’installation. La directrice d’Eco21 a expliqué que la pose des compteurs sera utilisée pour mesurer si les programmes Eco21 mis en application sont suivis d’effets ou pas. Les compteurs peuvent envoyer des signaux sur la consommation tous les 15 minutes. A Genève 4000 gros consommateurs sont déjà télé-relevés ainsi que 12000 PME. Ils sont accompagnés par SIG pour surveiller leur consommation et les aider à maitriser ces consommations. A Genève sans accompagnement on n’est pas efficace. Actuellement avec des conseils avisés et sans CC, SIG arrive à faire des économies d’environ 17 % pour des consommateurs individuels.
Un problème a été soulevé par un intervenant, les ondes électromagnétiques supplémentaires qui vont être introduites dans les habitats par ces CC.

Au final, l’introduction des compteurs intelligents est vécu comme une obligation venue d’en haut, une innovation qui va être instrumentalisée au mieux dans l’intérêt de la transition énergétique. Mais une innovation qui n’a pas été demandée par en bas.

Contact: info@noe21.org